A l’ombre des lauriers et des oliviers en fleurs (HG)

Le silence intérieur est propice aux beaux mots;..

A l’ombre des lauriers et des oliviers en fleurs (HG)

16 mars 2021 Hauts Grades 0
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A l’ombre des lauriers et des oliviers en fleurs

 

TFPM et vous tous VFMS\

Je vais vous présenter la enième planche au 4ème,consacrée à l’olivier et au laurier. Comme prix de votre patience  je ne vous infligerais pas la liste plus ou moins complète des significations symboliques que l’on peut prêter à ces deux plantes. Cela dit vous n’y échapperez pas complètement, car il convient, si l’on veut cadrer la question procéder à quelques rappels, cependant l’essentiel est ailleurs, puisque notre travail Maç vise encore et toujours à la construction du Temple intérieur.

C’est à une vision personnelle que je vous invite. Personnelle, ne voulant pas dire ni unique, ni exclusive car je n’ai pas la prétention d’avoir trouvé la serrure qui doit être ouverte par la clé que nous portons en sautoir. Si notre approche des rituels est nécessairement collective, l’appréhension des symboles et l’enrichissement qu’ils peuvent apporter sont le fruit d’une trajectoire individuelle.

Sans hésitation, j’enfonce une porte grand ouverte: depuis des millénaires, tous les êtres humains regroupés en sociétés dans telle ou telle région du monde partagent certaines explications, adoptent des codes communs et les transmettent aux générations à venir et nous ne pouvons nous abstraire de cet héritage. Par définition symbole implique un dualisme, dans une  opposition qui paradoxalement fait naître une complémentarité qui est à son tour, source de nouveauté.

Le titre choisi pour cette Pl\ est évidemment un jeu de mots un peu facile sur l’une des œuvres de M. Proust “à l’ombre des jeunes filles en fleurs”, qui elle même fait partie de la fameuse “recherche du temps perdu”. Pour ceux qui l’auraient oublié, dans cette œuvre énorme, Proust se penche avec la finesse d’un scalpel au rayon laser, sur les réflexions et les sentiments des classes dominantes et quelque peu désœuvrées du début du XXème siècle. Mais le plus intéressant pour nous, je pense, c’est l’importance jouée par la mémoire et tout spécialement de ce jeu des souvenirs qui s’imbriquent comme des poupées russes, où le passé est appelé par un présent qui transforme ce souvenir et ce même souvenir plus ou moins remanié influe sur notre présent. Ce jeu très fin sur la mémoire, le temps et l’implication des sens nous le vivons tous mais le génie de Proust est d’en avoir si justement étudié le subtil fonctionnement. Un objet (chez Proust: une catleya ou une madeleine) faire surgir, une situation, un lieu, un être aimé et cela dans plusieurs dimensions: une odeur, un souvenir tactile, un son, une voix qui à leur tour renvoient à tant d’autres choses. Lors de mon initiation comme M\S\, c’est à ce degré de sensation plus que de réflexion,  que l’olivier et le laurier me sont apparus. Je me demande comment j’aurais réagi si au lieu de ces deux plantes symboliques qui m’étaient révélées, on m’avait proposé la bruyère et le bouleau ou le frêne et le genêt? Mais je sais, puisque l’acacia m’est connu, que la tradition maçonnique nous tire plutôt vers un Proche Orient assez large, même s’il est porteur de valeurs qui ne sont pas simplement régionales mais universelles. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les armoiries de nombreux pays: l’Equateur, le Guatemala, le Pérou ont le laurier, et s’il est normal que Chypre ait l’olivier, cela est moins évident pour le Belize ou les îles  Fidji. Je ne vais pas vous infliger le catalogue des légendes ou des mythes liés à ces deux plantes en Chine ou ailleurs car il ne s’agirait que d’érudition et donc de peu d’intérêt pour notre démarche.

 

En présence de ces deux plantes, je me sens bien, car elles sont une grande partie de mon héritage méditerranéen et à les évoquer des bouffées de souvenirs me viennent  à l’esprit. Pour chacun d’entre nous il en va ainsi et c’est bien cela qui fait la force inégalée des symboles. Alors je ne retiendrai que deux exemples.

Pour l’olivier, c’est un vieux souvenir en 1962 à la faculté des lettres de Montpellier où un matin glacial de janvier, contrairement au cours qui était prévu,  un autobus devait conduire les étudiants de géographie que nous étions, à 25 km de là, pour faire un relevé de température dans un petit village situé au fond d’une cuvette: StMartin de Londres. Le relevé donna –24°, la nuit le mercure était descendu à–28°. Cette Sibérie à 30 km de la Méditerranée n’aura duré que quelques heures, et lorsque les statisticiens  calculeront les moyennes séculaires ou même décennales de températures, cet excès disparaîtra dans la poussière des décimales. Et pourtant cette nuit là, cette poussière de décimales a tué des centaines de milliers d’oliviers dans tout le sud de la France. Ils n’atteindront jamais une éternité, que seul Van Gogh a été capable de leur donner.

 

 

Le deuxième souvenir est lié au laurier. En février 1991. La 1ère guerre du golfe se déroule. Je débarque à Tel-Aviv en fin de matinée,  d’un avion au trois quart vide. L’aéroport est assez agité par des centaines de juifs américains passablement exaltés, qui viennent d’arriver  et à qui la protection civile  fait des démonstrations désordonnées de masques à gaz. Dehors, heureusement, la situation est beaucoup plus calme, la température agréable si loin de la neige que j’avais subie quatre heures plus tôt à Orly. Je m’apprête alors à rejoindre l’autoroute qui monte en serpentant vers Jérusalem, entre deux immenses haies de lauriers qui baignent d’un coup, ma voiture et me noient dans des odeurs sucrées et apaisantes.

 

 

Nous savons que dans la mythologie, le laurier était l’arbre d’Apollon: la nymphe Daphné (laurier) avait échappé aux assiduités du dieu en se changeant en laurier. Aux Jeux Pythiques de Delphes, c’est une couronne de laurier qu’on décernait au vainqueur. Laurier du vainqueur, les feuilles de cet arbre ont longtemps gardé une vertu prophylactique et c’est ce même laurier a récupéré par la religion qui béni le jour des rameaux, assure la protection de la maison et des gens. Pinçé entre un crucifix et le mur de la chambre à coucher de combien d’ébats amoureux a-t-il été le témoin bienveillant.

L’olivier pour sa part était l’arbre d’Athéna qui en fit cadeau à Athènes. Hercule dont la massue était en olivier en a même planté à Olympie et pour les Jeux, Olympiques ceux-là, on en tressait des couronnes pour les vainqueurs.

Entre parenthèse, cela explique la difficulté non résolue, par les commentateurs TV des derniers JO de trancher avec netteté entre Athéna et Apollon et de savoir si la couronne remise aux lauréats en 2004, était de  l’olivier ou du laurier. En fait le mot “lauréat” ne convient guère si on parle d’olivier!

 

Lorsqu’on a défini l’olivier comme symbole de paix, de force, de victoire et d’immortalité on a à peu près recouvert le champ symbolique commun et on retrouve à peu près les mêmes significations en ce qui concerne le laurier. La proximité voire la confusion entre les deux s’expliquant par les caractères que l’on attribue traditionnellement à des plantes dont le feuillage est pérenne.

 

Mais parler ainsi de symboles ne me paraît pas aller bien loin, du moins dans l’idée que je me fais du langage symbolique. Dire: “ceci peut signifier ça,” nous fait rester au niveau de base de l’image: je veux montrer que je suis un pays qui aime la paix donc sur mon drapeau je place une branche d’olivier. Ce langage symbolique est peu satisfaisant car il ne débouche sur rien d’autre que sur la signification dont il est porteur. Plus riche me semble-t-il est la formulation: “ceci va conduire ma réflexion vers quoi?” et pour tout dire,  “vers quelle valeur morale je me dirige?”

Je vais donc aller au bout de cette réflexion par le fruit d’une observation: un regard attentif sur des feuilles d’olivier et du laurier met en évidence des points intéressants: leur partie supérieure dirigée vers le soleil est légèrement vert foncé, un peu cirée et brillante comme protégée et leur partie inférieure dirigée vers la terre, d’un vert plus clair et mat. Pour le botaniste il s’agit de xérophilie, c’est à dire d’adaptation à la sècheresse, pour nous la partie supérieure de la feuille évite une évaporation  trop rapide alors que la partie inférieure capte l’humidité. 

On peut admettre assez facilement  que le Maçon soit comme cet arbre bien inséré dans les quatre éléments: air, eau, terre, feu. Le feu du soleil dont la plante a besoin pour se nourrir mais qui peut aussi la griller, la détruire et l’assécher. L’air qui lui apporte la douceur du vent mais aussi le risque des tempêtes. La terre qui abrite son enracinement et apporte sa nourriture si le gel ou la sècheresse ne le détruisent pas et enfin l’eau qui apporte parfois parcimonieusement ce dont la plante a besoin. Nous aussi Maç, avons besoin de croître et de nous nourrir au feu des soleils de la connaissance et à l’eau qui va irriguer nos racines. Mais nous devons prendre garde que tout ce que nous absorbons ne soit rapidement dissipé par une chaleur violente, nous avons besoin d’économiser, de gérer pour assimiler ce que la nature nous offre et éviter ainsi toute déperdition qui empêcherait notre croissance. Une pluie violente sur un sol chaud c’est non seulement une humidité qui n’ira pas très loin dans le sol mais va s’évaporer très vite à moins qu’au passage la partie inférieure des feuilles capte cette eau précieuse. Laurier et olivier comme le Maç fonctionnent ainsi dans une croissance progressive où tout ce que l’on reçoit (car notre  curiosité doit être insatiable) nous devons nous abreuver à l’air, à l’eau, à la terre et au feu en éviter toute déperdition, en sachant que ces sources sont parfois contradictoires et qu’elles exigent une assimilation lente et raisonnée.

C’est ainsi que nous grandissons, en fournissant aux uns les fruits qu’ils attendent, en répandant pour les autres la joie d’un air parfumé et en offrant à tous, l’ombre du repos, de la méditation et de l’amour.

Mais avant de conclure, je me dois de revenir sur les deux exemples que j’ai cités plus haut et que j’ai laissés comme en apesanteur:

L’olivier et le gel: cet arbre symbole d’immortalité dont on montre de nombreux exemplaires millénaires tout autour de la Méditerranée aux branches noueuses et  contorsionnées n’est en réalité à l’abri de rien y compris dans le milieu qui est le sien. Aucune pensée n’est jamais définitive, elle tend simplement vers une vérité, comme l’olivier tend vers l’éternité.

Le laurier et la guerre: cette plante si souvent symbole de victoire sur la tête de César, et sur la tête de tous les Césars de tous les temps et de tous les pays, le laurier, ce matin là pour moi, sur la route de Jérusalem, ne décorait personne, ne récompensait personne, mais se contentait de manifester plus modestement par son parfum entêtant et néanmoins délicat, la douceur de la paix .

J’ai dit

 

 

 

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